Neverlands

Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /Août /2007 12:11

Reviendra-t-il un jour celui qu’ils nous promettent depuis si longtemps ? S’il reparaissait devant nous ce serait sous l’œil d’une caméra, il serait traqué comme un banal jeune rockeur à la mode et finirait à nouveau crucifié mais en prime time cette fois-ci ; les images seraient alors passées en boucle comme un simple clip su MTV. Son sacrifice serait médiatique ou ne serait pas. Des conseillers en communication cultiveraient son faux air de Kurt Cobain et son côté hippie chic à la Lennon ; il n’est pas le sauveur, il est un produit à promouvoir au plus vite à cause d’une durée de vie obligatoirement limitée. Le voir gravir son Golgotha sous les yeux du gotha mondial savourant des petits fours sur fond de musique techno serait du plus bel effet sur Fashion TV. Les soldats romains prendraient les traits de créatures androgynes et troqueraient leur péplums contre du John Galliano beaucoup plus seyant pour le supplice. Une croix se dresserait déjà en haut de la colline et serait en or incrusté de diamants et les clous, en or eux aussi, porteraient les lettres J et C en strass façon « Pimp my Christ ». La scène finale de le crucifixion (fiction ?) terminerait en apothéose cette messe télévisuelle. On le ceindrait d’une couronne d’épines fluorescente, les clous seraient enfoncés et rivés ; le martyr souillé de sang et de sueur comme un gladiateur moderne nous serait ensuite montré dant toute sa dérangeante splendeur, le Requiem de Mozart serait parfait pour accentuer encore la dramaturgie du moment. Le silence se ferait tout à coup à l’instant où il prononcerait sa dernière phrase : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». C’est le monde qui t’a abandonné. Nos péchés seraient enfin lavés et notre funeste manège pourrait continuer comme si rien ne s'était passé. Ça n’arrivera pas. Il y a trop de croix à porter, trop de péchés à absoudre, trop de fautes à expier et la foi n’est souvent en notre temps que de la mauvaise foi. S’il revenait, il mourrait sans doute de chagrin ou une aiguille plantée dans le bras en voyant ce que nous avons fait de nos vies et de Son message. Il est hélas trop tard. La Bête arrive…

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Dimanche 5 août 2007 7 05 /08 /Août /2007 22:34

Peut-être ne suis-je pas fait pour vivre en meute parmi vous finalement. Peut-être est-il préférable que j’évolue en solitaire et que j’explore par et pour moi-même ce vaste territoire. J’ai pourtant eu des compagnons de route qui avaient déjà usé leurs pas et qui m’ont ouvert le chemin pour que je puisse acquérir quelques galons à leurs côtés. Je suis un animal méfiant et rétif qui finit toujours par mordre sans prévenir et sans aucune retenue, mes compagnons quant à eux ont souvent préféré fuir ou me mordre à leur tour avant de disparaître également dans la nuit. Mon agressivité retombe toujours, aussi inexplicablement qu’elle est arrivée et répond tout le plus souvent à ce que je considère comme une attaque même si ce n’est pas toujours justifié je le reconnais. J’ai tellement reçu de coups que chaque fois qu’on lève la main sur moi, que ce soit dans l’intention de me caresser ou de me frapper, je préfère mordre la main plutôt que de risquer de ressentir à nouveau cette brûlure cuisante qui m’évoque invariablement un fer rouge destiné à marquer le bétail ou à torturer un supplicié. Je n’ai pas toujours refusé les caresses mais elles ne furent que de brèves éclaircies au milieu d’une averse de coups et de privations. Je permets qu’on m’apprivoise mais ce n’est pas un fait acquis et ce n’est forcément que provisoire parce que je suis encore une bête sauvage qui se fie à ses instincts et qui préférera fuir la compagnie des humains dès qu’il le pourra ou qui attaquera dès qu’il se sentira acculé. Ce n’est pas l’instinct de prédation qui prédomine en moi et qui fait que je passe à l’offensive, c’est l’instinct de conservation qui m’oblige à me défendre coute que coûte. Je suis un loup solitaire qu’on reconnaît partout où il passe à sa démarche boiteuse et mal assurée. Je m’assois au bord des routes et je regarde le temps défiler avec l’expression d’un bouddha contemplatif Je hurle à la lune en vain à la recherche de mes congénères mais seul un écho lugubre me répond. Je suis libre mais…si seul.

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Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /Août /2007 11:53

Le soleil est haut dans le ciel en cette journée d'été. Il fait chaud mais ce n'est pas étouffant car une brise très agréable vient rafraichir l'atmosphère. Assis à l'ombre d'un arbre et adossé à son tronc, je reste les yeux fermés et je ne fais qu'écouter. Nulle sombre pensée, nulle pénible angoisse ne viennent  occuper mon esprit; je ne veux plus penser, seulement profiter du moment. Il n'y a rien à entendre d'autre qu'un silence apaisant à peine troublé par l'écho lointain des voitures circulant sur la départementale. En cet instant plus rien ne semble exister autour de moi, il n'y a que mon corps et cet arbre en symbiose parfaite. Il me transmet sa force et je lui laisse un bout de ma noirceur en échange. C’est le pacte qui nous unit, lui confier sans mot dire tout ce que voudrais oublier, mais il choisit ce qu'il veut prendre et me rend tout le reste qui me revient alors en mémoire comme un goût amer dont on n'arrive pas à se débarrasser. Auprès de cet arbre, je ne me préoccupe pas à la minute présente de ce prix que je devrais payer en le quittant. Je me sens bien, je respire calmement, je sens un léger courant d'air effleurer ma peau et rien ne peut entrer dans cette bulle. Une bulle de verre où se posent les papillons et les coccinelles, une bulle me protégeant des gouttes de pluie qui ne peuvent que ruisseler le long des parois sans parvenir à m'atteindre. J’aimerais rester là pour toujours, à l'abri des peines et de la folie des hommes mais je ne voudrais pas vivre cet exil seul, reste à savoir s'il existe une coccinelle suffisamment opiniâtre qui désirerait entrer dans ma bulle.

 
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Mardi 31 juillet 2007 2 31 /07 /Juil /2007 17:40

Le ciel est en furie, grondant et sombre comme un tambour funèbre. L’orage est là et déchaîne  bruyamment sa rage, abattant sa lourde hache sur le sol dont on n’aperçoit que la lame qui déchire l’horizon dans un éclair aussi lumineux qu’effroyable. Frappant avec sa force inouïe les arbres qui se fendent et se consument comme de vulgaires brins de paille, l’orage fait claquer ses sabots démoniaques qui laissent parfois leur marque après avoir labouré profondément la terre comme par colère. Les nuages se sont assemblés en une horde compacte des cavaliers aux chevaux gris et noirs ayant chevauché sans un bruit comme des fantômes pour nous prendre par surprise et transformer un ciel limpide en cloaque gris anthracite. Les cavaliers ouvrent la voie à leur maître, seigneur de la foudre et des tempêtes annonçant sa venue par des grognements inarticulés qui glacent le sang à mesure qu’ils se rapprochent. C’est un avertissement qu’il nous lance pour nous prévenir que son courroux sera terrible et qu’il ne connaitra aucune pitié. Il frappe encore et encore, sans relâche il fait tourner sa hache au-dessus de sa tête gigantesque  avant d’abattre lourdement un des tranchants de sa hache démesurée sur le sol qui vacille sous la férocité des assauts de ce dieu aux allures diaboliques. Ces éclairs à la puissance phénoménale que nous devrions seulement redouter nous fascinent pourtant et ces lueurs fugaces nous hypnotisent pour d’obscures raisons remontant sans doute à la genèse de l’humanité, c’est un de nos héritages communs que rien ne saurait effacer tant cette fascination semble viscérale, quasiment inscrite dans nos gènes. Le soleil perce à nouveau par endroits, les cavaliers ont commencé à se disperser aussi discrètement qu’ils étaient venus et iront sans doute bientôt obscurcir d’autres cieux, la pluie a cessé dès que l’enragé a pu calmer sa soif de carnage et est reparti à la suite de ses éclaireurs éthérés pour continuer sa quête forcenée. Orage assouvi qu’aucun joug ne pourra soumettre, déchainera bientôt ses foudres.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Neverlands
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Lundi 30 juillet 2007 1 30 /07 /Juil /2007 12:40

Attendre en permanence quelque chose des autres comme si mon attitude n’était qu’un rouage s’incluant dans un mécanisme, un calcul qui aiderait à résoudre une équation à bien trop d’inconnues. Peut-être est-ce cela pour nous tous, que c’est notre nature de vouloir s’emparer de ce qui ne nous appartient pas ou de ce qui nous fait défaut. Je cherche ce que tout le monde cherche : compagnie, dialogue, soutien, écoute et plus si affinités ; pourquoi éprouvé-je une telle culpabilité à désirer ce que nous désirons tous ? Ce sont les moyens que je crois devoir employer pour y parvenir qui me répugnent, je crains que le fait même de songer à ces moyens dans le but d’accomplir une mission est malsain car preuve d’une propension probable à la manipulation. Je me pose des questions que beaucoup ne se posent même pas parce qu’ils veulent avant tout avancer et pas savoir pourquoi ils n’ont pas réussi à séduire une femme, à garder un ami ou à faire comprendre correctement ce qu’ils avaient envie de dire. J’aimerais ne plus avoir ces idées en tête, oublier de penser et me laisser porter mais je finis toujours par ouvrir les yeux trop tôt ou par me retourner comme Orphée. Certains dégagent une telle assurance et transpirent jusqu’à la nausée la confiance en soi qu’on a envie de pouvoir comme eux passer entre les gouttes pourtant derrière ce masque il y a le doute qu’ils font tout pour dissimuler et il y a les larmes d’un enfant qui s’est juré de ne plus être victime de la cruauté de la vie. J’aurais toutes les raisons d’agir comme eux mais quelque chose m’en empêche et j’ignore si cette réserve est un trait de mon caractère ou si elle est une des conséquences du mal qui me touche, je n’ai pour l’instant aucun moyen de le savoir. Des questions restent sans réponse, c’est ainsi et je dois l’accepter. Il ne me reste plus qu’à m’asseoir tranquillement et à attendre que ma vie soit bouleversée enfin, ça viendra, un jour.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Neverlands
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