Me voici au cœur du labyrinthe. Un labyrinthe déserté où la mousse et les plantes ont recouvert les parois ruisselantes. Des pans de murs entiers sont lézardés ou gisent sur le sol, foudroyés par les ans. Le soleil semble s’être percé en de nombreux endroits des judas où il jette de lumineux et brûlants regards tout au long du jour. Ce lieu de perdition n’est plus qu’une coquille vide qui n’effraie ou n’impressionne plus personne. Nulle bête humaine, nul démon cornu n’arpente plus ces ruines, minotaures et autres faunes qui régnaient ici en maîtres, se sont enfuis il y a bien longtemps. Ce royaume n’était qu’un fief chimérique où ils pensaient folâtrer en toute liberté n’était qu’une prison aux murs et aux barreaux de pierre, sans espoir ni issue. Souvent mélancoliques après leurs bacchanales frénétiques, ils restaient longtemps le regard dans le vague, perdu dans le dédale bien plus tortueux de leur tristesse. L’haleine capiteuse de vin qui exhalait de leur bouche ne parvenait pas à masquer l’odeur délétère et lourde de la captivité. Ils s’enivraient pour oublier qu’on les avait oubliés et qu’ils n’auraient plus d’existence ailleurs que dans nos songes. Satyres, Satans aux yeux mouillés de larmes soufflant dans les syrinx les mélopées de leur ancienne et lointaine contrée d’Arcadie. Et toi Minotaure, vénérable solitaire, où es-tu ? Tu ne guettes plus à chaque détour du labyrinthe le visiteur imprudent ou assez fou pour vouloir t’affronter. Thésée, l’insolent t’as vaincu et depuis tu te terres dans les derniers bastions de noirceur que recèle ce champ de ruines. Tes larmes tu les caches dans l’obscurité et dans l’épaisseur de tes poils d’ébène. Le gardien des lieux ne reparaitra plus devant des yeux humains tant sa honte et son désespoir sont immenses. Il n’y a plus aucun péril à redouter ici, tout est tranquille. Le vent marin s’engouffre dans les couloirs et dans les failles, sur cette île. L’île de Crète, nommée ainsi désormais. La vie a repris ses droits et fourmille à nouveau là où la mort avait rôdé à l’aube des temps.
Triste Peter Pan que je suis, enfant sauvage et enfiévré de la nuit, que les mélodies enchanteresses des faunes me manquent. Elles venaient réchauffer mon cœur alangui avec des notes légères et insouciantes, flottant comme mille baisers sonores. Des baisers qui chatouillaient mes oreilles et me rendaient le sourire. Je voudrais m’envoler à nouveau pour le pays imaginaire et ne plus jamais atterrir. Never Land. Never land.
*Le Labyrinthe du Faune
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