Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 18:21

Je ne me souviens pas du jour précis où cela est arrivé, mais j'ai su, ce jour là, que j'avais franchi la frontière implicite qui me séparerait de mes congénères. Marcher, c'est pourtant une évidence, aussi simple que de respirer ou de manger. On imagine pas qu'on puisse un jour perdre cette capacité si fondamentale, surtout quand on est un enfant en apparence comme tous les autres. Une chape de plomb tombe soudain et fige à jamais dans ma mémoire l'innocence de mon enfance, un souvenir désormais estompé. Comme un grand bond dans l'avenir, je suis passé du jour au lendemain de l'enfance à l'âge adulte sans pouvoir l'empêcher ni m'y préparer. J’étais devenu un enfant-roi dont le trône deviendrait petit à petit la prison et, paradoxalement, le seul moyen de se mouvoir par lui-même, un cachot mobile en quelque sorte. De si grands ennuis pour un si jeune garçon, pourquoi cette injustice ? Il arrive parfois que ce soit la vie qui veuille votre mort et que certains tirent la plus courte paille sans qu'on sache par quel hasard cela se produit. Il n'y avait aucun enjeu ou privilège à remporter, seulement une autre existence à gâcher.

Marcher à nouveau pour moi c'est comme le désir de tout homme de pouvoir voler, c'est un rêve inaccessible, qu'il m'est encore interdit de réaliser. Je voudrais m'envoler et oublier enfin que je ne suis pas celui que j'aurais pu devenir sans toutes ces chaînes. Mon esprit me donne la chance de pouvoir ouvrir parfois la fenêtre de mon corps et de m'en échapper, ce n'est qu'une illusion que je n'ai par moment pas envie de quitter des yeux ni de briser. Des instants d'extase où des réminiscences de cette jeunesse candide me reviennent, comme pour que je ne puisse pas oublier cette sensation. Cette sensation de pieds frappant le sol en cadence ou épousant parfaitement la rondeur des galets pour renforcer d'une certaine façon le lien invisible avec la Terre nourricière. Cette liberté de choisir une direction ou d'errer sans même avoir à y penser n'est plus qu'une utopie que je peux seulement admirer de loin et derrière de lourds barreaux.

Il ne me reste plus qu'à devenir un esprit nomade avant qu'il ne soit trop tard; pour que je reprenne enfin mes jeux d'enfants là où je les avais laissés.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Vendredi 15 septembre 2006 5 15 /09 /Sep /2006 23:36

Après des mois d'absence j'ai décidé de reprendre ce blog à zéro parce que c'est une des seules libertés qu'il me reste, celle de m'exprimer sans crainte d'être jugé par qui que ce soit.

Le regard d'autrui est difficile à supporter puisqu'il se base sur les normes de la société, des normes injustes et souvent arbitraires. Comme si on pouvait modifier notre corps ou notre look à chaque regard d'étonnement, de pitié ou de haine. Ce serait payer un prix trop lourd à la société au détriment de notre bien-être et de l'acceptation de soi, un prix que je ne suis pas prêt à payer.

Ce corps à présent si vulnérable n'est plus qu'une cuirasse devenue bien dérisoire face au mal qui m'affaiblit davantage année après année. Que la lutte est âpre et incertaine, elle fait rage dans mon corps depuis longtemps et elle a désormais investi ma tête, s'attaquant sournoisement à mon ego et à mon moral. La guerre est totale. Cette lutte m'épuise et mes espoirs s'amenuisent comme du sable qui s'égraine lentement et inexorablement dans un sablier. Le temps est mon ennemi et l'allié du mal dans son entreprise. il semble me vider peu à peu de ma substance et me priver de tout ce qui fait ce que je suis. Je ne compte plus me résoudre à accepter mon sort comme une fatalité, je vais vivre ma vie au maximum malgré mes modestes moyens et prendre les instants de bonheur comme ils arrivent. Je veux prouver que je peux faire quelque chose de ma vie pour qu'elle ne demeure pas une aventure inachevée. Mon esprit et mes mots seront mes armes pour laisser une trace dans ce monde et pour donner aux autres un bout de ce qui m'est le plus précieux: mon âme.

Je sors à peine de l'enfer et j'espère que je retrouverai bientôt la lumière qui faisait ma force.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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