Lundi 25 septembre 2006

Quand on a un don particulier, doit-on chercher forcément le partager ou l’exploiter ? J’ai toujours la crainte viscérale de perdre ma liberté et même mon envie d’écrire si j’avais la volonté d’exposer mon « talent »  au grand jour.

Certains préfèrent ne pas montrer ce qu’ils écrivent parce que cela reviendrait pour eux à s’amputer d’un morceau d’eux-mêmes, l’écriture est une amie intime qu’ils ne veulent pas trahir. Ecrire est un art à part entière et doit, par définition, être exprimé. Exprimer ses sentiments ou ses pensées est bien une forme de partage même si cela se limite à un seul confident, la feuille de papier ou la toile sont nos premiers confidents, des témoins taciturnes qui ne nous jugeront jamais. Ils partagent nos pensées secrètes ou inavouables, nos joies et nos peines comme des compagnons fidèles que l’on peut oublier au fond d’un tiroir sombre et qui seront toujours là à notre retour. Parfois, notre rage ou notre chagrin nous font nous venger sur ces mots rappelant trop douloureusement un passé heureux ou un ancien amour. La feuille éponge les larmes, se fait déchirer en lambeaux et se laisse mettre en boule pour soulager des malheurs que les mots ne suffisent pas à panser. Les mots meurent et disparaissent, ils sont un fragment humain détaché du corps, comme un cocon où l’on laisse certains maux pour pouvoir grandir et prendre son envol. Les mots, des traces d’encre qu’il faut déchiffrer et décrypter pour trouver un sens, son propre sens. Le sens des mots est un reflet toujours changeant selon qui y regarde et ce que l’auteur a voulu laisser visible. L’absence à première vue d’un sens est trompeuse et pousse à explorer chaque mot pour en révéler la signification implicite, un flou apparent peut parfois se dissiper et faire apparaître une vérité qui peut toucher jusqu’aux abysses de notre âme. Les mots se dissimulent derrière chaque touche de peinture, derrière chaque courbe d’une sculpture ou chaque grain d’une photographie, ils sont la moelle essentielle de tout art et artisanat. Souvent les mots silencieux que nous recevons d’une œuvre sont tellement intenses qu’ils nous laissent sans voix. L’ineffable beauté des mots cachés derrière les caractères typographiques appelés lettres va bien au-delà de ce qui est écrit sur une simple page. On voyage et on vit le livre en même temps que son héros, celui-là même que l’on peine à abandonner sur son étagère ou dans le rayonnage « Fictions » d’une bibliothèque lambda, austère et poussiéreuse.

Secrets d’alcôve ou de Polichinelle, ils nous donnent une identité que l’on peut garder pour soi ou avouer à ceux que l’on a choisi sans sombrer dans l’exposition ostentatoire de son existence. Ce ne sont que des mots que l’on peut réorganiser selon le sens que l’on veut leur donner. ils ne contiennent  qu’une certaine vérité, celle de leur auteur.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Samedi 23 septembre 2006

Parfois j'imagine ce qu'aurait été mon existence sans "celle dont on ne prononce le nom". J’imagine les personnes rencontrées au détour d'un trottoir ou à la terrasse de cafés dans des villes indéterminées. J’entrevois les paysages qui se seraient offerts à mon regard au fil de mes pérégrinations nocturnes ou estivales. Je pense à tous les éclats d'amour oubliés sur une plage morne où j'aurais brisé des idylles sans lendemain. Les sensations plaisantes que j'éprouverais en pleine forêt, mes cinq sens stimulés en permanence, serein et calme au sein de la nature enchanteresse. Je pense à ces journées éreintantes où j'aurais travaillé pour la gloire des autres, esclave du salaire et au désespoir devant les aiguilles d'une horloge qui tournent qu'au ralenti. Les soirées de décadence et de délires dans des arrière-salles de bars enfumés et crasseux ou des salles de concert bondées où l'on se tient pied à pied et comme en transe. J’aperçois au fond de mes pensées des châteaux qui étirent leurs carcasses de pierre à flanc de colline et que les siècles n'altèrent plus, des églises isolées lançant d'orgueilleuses ogives et des campaniles démesurés vers le ciel. Dans les méandres de mon âme se dessinent des ruines antiques où j'aurais flâné des heures en me remémorant le prestige lointain de Rome, Delphes ou Thèbes et toutes les merveilles de notre époque, alliant avec virtuosité matériaux nobles et humbles, créant des patchworks fascinants. j'imagine le bonheur simple d'un sourire enjôleur ou d'un tendre baiser posé sur mes lèvres, la douceur d'une peau longtemps désirée ou d'un corps tant vénéré, la tranquillité d'une respiration ou d'un cher visage endormi.

Je rêve enfin de me lever enfin un matin pour pouvoir rattraper toutes mes années égarées et me mettre dans ma propre peau et plus dans celle d'un être désincarné que je ne serai jamais. Dans la peau d'un autre qui n'est pas moi et que je ne reconnais pas dans un miroir, je ne suis qu'un esprit moribond vivant par procuration.

Je veux exister !

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Jeudi 21 septembre 2006

Seul, prisonnier de la souffrance et du monde. Je vagabonde en solitaire au milieu d'un brouillard épais, sans savoir où je suis ni où je dois aller. Mon corps se nimbe de ténèbres et se désagrège lentement, j'ai peur. Personne n'entend mes cris et ne peut me voir au travers du rideau opaque et froid qui m'enveloppe, l'obscurité est presque palpable tant elle m'étouffe. Je suis seul et à l'agonie. Aucun espoir ne semble pouvoir briller en ces lieux où toute vie s'étiole, résiste mais ne peut que s'éteindre. Le rythme mon coeur scarifié est à peine perceptible dans ma poitrine, assourdi par l'horrible écho de ma solitude et de mon âme vide. je vis pourtant, figé dans une immobilité et un inconfort que rien ne vient soulagé, c'est un calvaire que cet univers hostile m'impose. Un chemin de croix qui n'a plus ni commencement ni fin et qui n'a aucun but sensé. Ma vie n'est qu'un marécage saumâtre où je m'embourbe et m'enlise davantage chaque jour. Je m'agrippe de toutes mes forces mais ce n'est que de la boue que je tiens dans mes mains, aucune berge solide où se mettre à l'abri n'est visible. Où que je pose mon regard, ce n'e sont qu'arbres décharnés et bourbiers nauséabonds. Une raideur me paralyse l'échine, la panique gagne peu à peu mon être et paraît s'amplifier dans des proportions monstrueuses. C’est une sensation insoutenable mais je fais preuve d'une tolérance surhumaine face à elle et ça me terrifie. Le malheur n'a-t-il donc aucune limite ?

Je vais finir ici coupé du monde, privé de tout et dans une indifférence froide et cruelle. Seul est mon destin, impossible est ma quête. Je me débats et me noie sans cesse dans un monde inconnu. En fantôme solitaire.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Mardi 19 septembre 2006

Certains mots font mal, trop mal pour qu'on puisse les encaisser. On fait face, on donne le change alors qu'à l'intérieur, tout est dévasté. la vérité est à ce prix et se mentir à soi-même n'est qu'un leurre afin d'endiguer l'inévitable. la vérité finit toujours par éclater à un moment ou à un autre avec un cortège de souffrances et de malaise. Blessé mais jamais abattu, je continue mon chemin malgré mes yeux rougis et mon coeur tout juste raccommodé. J’ai mal d'avoir tant à donner et de ne pas arriver à le faire, mes traumatismes encore vivaces ont fini par m'empêcher d'avancer comme je le voudrais. Aimer à ce point et à chaque fois sans avoir rien à espérer en retour, c'est un bout de vie qui se brise et les anciennes plaies se rouvrent aussitôt. Je reste sur l'échec et je n'ai pas la force d'évoluer par crainte d'une nouvelle déception encore plus amère. Dès que je sens l'amour possible, je perds toute modération et tout contrôle. Je deviens alors un monstre de jalousie et de fiel à cent mille lieues de celui que je suis au fond de moi. Ce monstre en arrive à se délester du poids de ses sentiments en les sacrifiant sur l'autel du dépit amoureux. Je n'arrive pas à empêcher ce double maléfique d'agir, l'ombre menaçante de l'adolescent désenchanté et frustré que j'étais rôde toujours quand Eros s'empare de ce coeur toujours prêt à palpiter. Eros dans un geste d'inconscience inepte se précipite dans les bras de Thanatos, qui étouffe sans merci l'amour naissant sans espoir de rédemption. Je m'inflige de moi-même les stigmates que je crois mériter pour avoir osé naître sous une lune noire. Ma vie n'étant plus qu'un abîme de douleurs qui ne font qu'empirer et finiront peut-être par me tuer.

Toute flamme n'est pourtant pas définitivement morte en moi. L’espoir que la roue tourne enfin et que l'élue soit au détour d'une rue me tient à flot. Je suis peut-être à terre mais je finirai par me relever, comme toujours.  L’amour de mes proches et le soutien de mes amis sont encore des pansements apaisants et efficaces pour refermer en silence mes blessures assassines.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Lundi 18 septembre 2006

L’ennui. Ces moments de profonde inactivité où l'on se surprend parfois à compter les feuilles des arbres ou les aspérités du mur, en espérant en vain que quelque chose se passe et nous délivre. Une envie de s'arracher la peau ou de s'évaporer nous prend soudain quand l'ennui finit lui-même par s'ennuyer. On se dit, à cet instant où le temps n'existe même plus, que la plus atroce torture ne serait qu'une caresse comparée à la souffrance insupportable de l'ennui. Quand la douce mélodie de l'oisiveté cède sa place à une cacophonie d'ennui, c'est le signal inconscient du départ sous d'autres cieux. L’ennui, il faut le fuir à tout prix et se détacher de son emprise le plus vite possible. Les ailes sont coupées net par l'ennui qui nous fait oublier le goût même de la vie. Comme une drogue, il nous mène à des extrémités psychiques et physiques que nul ne pensait possibles. C’est un « bad trip » dont on a du mal à se réveiller et qu'on ne voudrait jamais revivre.

Quand l'ennui est brisé, le retour à la réalité est difficile mais salvateur, la désintoxication commence alors. Un sentiment de néant absolu qui ne dure que quelques secondes, fait place au spectre hideux de l'ennui, un moment d'incertitude ténue où le vrai et le faux s'entremêlent. Ce brouillard entre soi et le réel se dissipe dès que le monde s'ouvre à nouveau à nos yeux hagards. Septembre en attendant la fuite.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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