Jeudi 2 novembre 2006

Mon caractère naturel, mon éducation et aussi les déceptions vécues au fil des années ont bâti un mur translucide autour de moi, un bouclier salvateur mais encombrant : la timidité. C’est une bulle cristalline et solide que me protége des mauvais coups et des vains espoirs qui finissent toujours par s’effondrer sur moi sans prévenir, il me cache du regard inquisiteur de la société et du jugement d’autrui mais il m’empêche de baisser ma garde et d’aller vers ceux qui ont capté mon attention. J’aimerais être capable de suivre les élans de mon cœur et de ne pas me torturer inutilement dans l’angoisse d’une rencontre imminente, qu’elle s’avère agréable au final ou non ; j’aimerais posséder cette force qui habite ceux qui vont de l’avant sans jamais sembler flancher ou hésiter. Ces chaînes qui m’entravent, ces chaînes que je me suis moi-même forgé et que j’ai refermées sur moi de mes propres mains, ce sont les accessoires pesants et bruyants de mon malheur. Un malaise subit s’empare de moi, une honte indescriptible m’envahit comme si j’avais honte d’être en vie à ce moment précis où les secondes peinent à s’écouler. À cet instant fatidique de la première rencontre, je préférerais disparaître plutôt que de percevoir dans l’œil de mon interlocuteur l’éclat de mon embarras. Mes joues s’empourprent, ma gorge se crispe, mon cœur s’emballe, un frisson parcourt mon corps ; la peur est là, oppressante. Une fois le choc de la nouveauté passé, je me fais violence pour renouveler l’expérience à la fois stressante et excitante, car il n’y a que l’oeuvre du temps et la confrontation avec mes appréhensions qui peuvent parvenir à me libérer progressivement face à l’autre. La timidité n’est qu’un masque qui escamote notre vraie nature et il finit par tomber puisque ni les mots ni les gestes ne savent mentir, au contraire, ils trahissent notre personnalité et tous les fards possibles ne suffisent pas à cacher ce que nous sommes vraiment.

Je l’apprivoise peu à peu cette peur impétueuse et apparemment indomptable il n’y a pas si longtemps encore, je l’affronte courageusement et je la fais reculer pas à pas avec la volonté farouche qu’elle s’en aille un jour pour ne plus revenir. Je veux vaincre les démons qui empoisonnent ma vie et se liguent pour semer des embûches sur ma route. J’apprends chaque jour à faire vaciller mes incertitudes, à faire voler en éclats mes doutes et à me faire confiance même si le chemin sera encore long avant d’atteindre mon but : assumer mes choix et vivre sans regrets. Il est temps de prouver que l’affection, l’espoir ou la confiance placés en moi sont justifiés et leur apporteront autant de satisfaction que ce qu’ils me donnent. Par respect et par amour du genre humain et de ceux qui comptent pour moi dans ma vie, j’ai le devoir de devenir meilleur en venant à bout des peines et des souffrances que l’existence ou que je m’imposais en posant moi-même inconsciemment des barrières de peur entre moi et le reste du monde. Je crois que j’en suis venu à préférer et même à apprécier les luttes, apanage inévitable d’une vie qu’il reste à construire, aux regrets éternels et bien plus amers d’une vie gâchée.

Join the masquerade...
Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Lundi 30 octobre 2006

Certaines personnes nous manquent au-delà des mots, être privé de l'espoir que ce manque puisse être comblé et affronter cette réalité chaque jour est la pire épreuve que l’on puisse endurer. C’est une souffrance à laquelle chacun sera forcément confronté un jour et avec laquelle on doit apprendre à cohabiter avec le temps. La perte en elle-même est déjà terrible mais elle est encore plus amère quand on sait que ce sourire, cette voix, cette présence ont disparu à jamais dans la froideur et la pâleur de la mort sans avoir la moindre chance de les retrouver ailleurs que dans nos pensées et en admettant le fait que ces souvenirs s’estomperont peu à peu. Ils ne s’effacent jamais complètement de notre mémoire et nous accompagnent où qu’on aille, que ce soit quand on s’arrête un moment en croyant ne songer à rien ou que le jour où « c’est arrivé » revient année après année, comme pour nous rappeler notre devoir de mémoire. Leurs traits au début si nets et distincts finissent par se diluer et par devenir des aquarelles humectées de larmes et patinées par les ans, enroulées soigneusement dans un coin poussiéreux de notre tête et que l’on redécouvre avec émotion quand on fait l’inventaire de notre grenier intime. L’oubli est une manière de tuer une deuxième fois et symboliquement celui ou celle qu’on a perdu. En niant son existence même et en refusant la tristesse qui peut nous submerger lorsque on se remémore ces instants pénibles; c’est en quelque sorte trahir la mémoire de la personne qui n’est plus là pour raviver par sa seule présence la flamme du souvenir. C’est une tâche dont on doit s’acquitter seul. Quand une étoile s’éteint au firmament, cela passe inaperçu au milieu de l’infinité des autres étoiles à part pour l’astronome qui la scrutait toutes les nuits et qui est un des seuls à souffrir de cette disparition. Aucune autre étoile, même très semblable ne saurait remplacer l’éclat et la teinte unique, ces détails que l’astronome a été le seul à remarquer après une vie d’observation de cette étoile, son étoile. La voûte céleste semble alors trouée à la place pourtant infime où l’étoile brillait hier encore, l’apparition et la disparition immuables d’autres étoiles dans ce ballet permanent semblent maintenant indifférer l’astronome pour qui il n’y avait qu’un seul astre qui jouissait du droit d’éclairer ses nuits. Un luciole insignifiant et anonyme égaré dans une multitude d’autres lucioles qui lui ressemblent trait pour trait, une lueur qui peut prendre des allures de soleil dès qu’on s’y attache. Le véritable amour consiste à connaître les aspects particuliers qui la rendent si uniques et qui nous manqueront le plus si cette lumière venait à s’éteindre. une fois le moment fatidique des adieux passé, on ne doit garder que le meilleur de l’autre, ces moments heureux partagés ensemble et apprivoiser sa douleur afin d’alléger le poids par moments insupportable de l’absence.

« On apprend tout de ses souffrances
Moi, j'ai su deux choses, après toi :
Le pire est au bout de l'absence
Je suis plus vivant que je crois » J-J. G.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Lundi 23 octobre 2006

N’avez-vous jamais imaginé que tout ce qui arrive dans nos vies ne soit pas le fruit du hasard ou de nos choix ? L’idée même qu’un destin puisse être tissé pour nous dès notre naissance, comme un voile opaque et infranchissable, est effroyable car quoi que nous fassions nous ne pourrions pas changer ce qui doit forcément arriver; cela nous priverait de toute liberté et de notre précieux libre-arbitre. Quelle cruauté, quel esprit maniaque déciderait d’une telle injustice ? Qui manipulerait avec autant de perversité les fils de nos existences ? Qui jouerait la destinée d’un être sur un simple coup de dés ? Personne ne pourrait faire preuve d’une telle inhumanité vis-à-vis de ses semblables, même le plus sordide tortionnaire de guerre ou le plus zélé des inquisiteurs. Aucune âme avec ne serait-ce qu’un soupçon de compassion ne jugerait à notre place de ce qui est bon pour nous et de placer, aléatoirement sans doute, une étoile favorable ou funeste au-dessus de nos têtes. Comme une lame de guillotine prête à s’abattre à tout moment selon le bon vouloir du bourreau grimé sous un masque rieur. Ce savant dément piocherait dans ses fioles où se trouvent tous les malheurs imaginables et les mélangerait entre eux pour créer des décoctions vénéneuses dont il oindrait le front de chaque enfant naissant, baptisant à sa manière tout le genre humain. Maladies, misère, dépressions, violences, perversions sexuelles…voilà l’arsenal de maux dont il dispose pour répandre la désolation dans nos cœurs et dévaster nos corps. Dieu ? Impossible. S’il existait, il devrait être le contraire de tout ça. Le monde est trop mal en point pour que cette entité d’Amour absolu existe et n’ait rien fait pour changer ça.

Pour ma part, je ne crois pas au destin, je crois que l’Homme a suffisamment de malveillance mais aussi de liberté en lui pour décider lui-même de son destin. Je ne veux pas qu’un esprit que certains disent supérieur décide à ma place de la route que je dois me tracer pour moi-même et par mes actes seuls. Me fier à mes intuitions et à mes désirs, les lier savamment pour prendre les meilleures décisions ou du moins celles qui sont le plus conformes à notre conscience; c’est ainsi que je veux vivre ma vie. La loterie de la vie m’a fait un cadeau empoisonné mais cela reste pour moi un hasard malheureux, une suite de coïncidences qui ont concouru à ce bug génétique. Si c’était mon destin de naître ainsi, que dois-je faire? Me suicider si mon destin est de mourir ? Attendre et espérer que mon destin était finalement de guérir ? Non. Je dois vivre. Je ne blâme personne pour ce qui m’est arrivé, je suis en vie et je suis heureux d’avoir eu cette chance de venir au monde. Je ne regrette pas d’être là malgré tous les problèmes liés à mon mal et le spleen ou la rage qui m’envahissent parfois, j’aime la vie et je veux la vivre jusqu’au bout que la fin soit proche ou non.

« Il faut aimer la vie et l’aimer même si, le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants » Renaud.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Mercredi 18 octobre 2006

Raccordé quasiment en permanence à une machine insufflant à un rythme mécanique l'air si indispensable à ma survie dans mes poumons atrophiés, je parviens jour après jour à suivre mon chemin. L’air, c’est la vie et je peux en témoigner tous les jours quand à bout de souffle je sens ma tête tourner et mon corps s’affaiblir sous l’action toxique du gaz carbonique qui asphyxie lentement mon cerveau. Le supplice ne dure jamais longtemps, d’interminables secondes où je sens ma vie s’étioler et ne tenir qu’à un fil ténu mais une main bienveillante finit à chaque fois pas mettre fin au cauchemar en me reliant de nouveau à mon respirateur. Qu’il est bon de sentir cet air salvateur dans mes narines et c’est rassurant de savoir que je peux compter sur cette compagne intime qui ne se plaint ni ne dit jamais stop, continuant sans flancher ce bouche-à-bouche immuable. Il faut compenser la faiblesse de mes muscles et éviter que mon corps vienne à manquer du précieux oxygène sans lequel la vie n’existe plus, je ne veux pas que cela finisse ainsi, ma vie doit être devant moi et non pas derrière. Mes poumons fragiles se gonflent et se relâchent à une vitesse constante, cela en devient presque une berceuse qui m’apaise et m’aide à trouver le sommeil parfois fugitif, c’est elle qui empêche la vie de me quitter et qui m’apporte à chaque minute l’indispensable source de vie. Je me souviens encore de l’époque où j’étais libre de ces tuyaux et de cette boîte grise étrange qui ne sait que souffler, de ces jours où bien respirer était simple et n’avait que peu d’importance, maintenant c’est une nécessité et un souci de chaque instant.

D’insidieux microbes passent à l’attaque dès que le vent d’automne les charrie dans son sillage et tentent d’investir mes poumons, attirés par la faiblesse alléchante et savoureuse de cette partie de moi et si on y prenait pas garde, ils en finiraient avec moi sans coup férir. Mes bronches s’encombrent alors d’un agglomérat de mucus purulent et de salive visqueuse. Mes poumons grognent, râlent et tentent d’expulser l’envahisseur ; en vain. Seuls des bras puissants parviennent par des pressions successives à mettre en fuite ces microscopiques ennemis de mon corps, épuisé et meurtri par la toux qui semble intarissable et précède la délivrance. Chaque victoire contre ces monstruosités invisibles se conquiert de haute lutte et m’oblige à puiser dans des réserves insoupçonnées pour me relever de ces assauts aussi violents qu’imprévisibles.

J’attends le jour où enfin à nouveau je pourrai sentir la douce sensation d’une respiration calme et profonde. Ce sera alors à mon tour de redécouvrir les délices du souffle de vie.

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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Mardi 17 octobre 2006

L’amour qui m’a tant fait mal par le passé continue pourtant à me hanter et à vampiriser ma vie, comme un besoin essentiel ou une obsession tenace. On m’a fait remarquer il n’y a longtemps qu’en cherchant l’amour à tout prix que j’en oubliais la personne qui n’était que l’objet de cet amour et plus un être à part entière, je me rends compte à quel point c’est vrai et que j’ai couru après une chimère inaccessible. Je suis censé chercher quelqu’un et non pas quelque chose. L’amour n’est qu’un concept que chacun peut s’approprier pour créer sa propre définition et  l’exprimer à sa façon, un concept flou comme l’eau saumâtre d’un étang dans lequel chacun va puiser un sens et une raison pour aimer. Mon cœur palpite dès qu’il reçoit un sourire amical ou un regard complice et il s’emballe en prenant ces signes bien anodins pour des marques d’intérêt bien plus important que ce qu’il est en réalité, je suis comme un enfant qui ignore encore ce qu’est l’amour mais surtout ce qu’il n’est pas. L’amour est mystérieux, parfois étrange mais n’a rien de magique contrairement à ce que les vieux contes nous ont appris. L’amour est une chose simple, tellement simple qu’il en devient compliqué et difficile à trouver, recouvert d’un  vernis d’orgueil, de malentendus et de paroles inutiles. Il doit savoir prendre son mal en patience avant d’être découvert par le premier cœur assez curieux et astucieux pour gratter le vernis policé des apparences et réveiller la belle inconnue qui sommeillait dans un cœur longtemps desséché. Il est ce qui nous anime tous même si certains ont peur ou honte de l’avouer à l’époque individualiste et désenchantée où nous vivons, il est ce qui fait la sève de la vie et nous fait nous lever le matin. il est le roi déchu de ce monde qui abdiqua en faveur des ambitions dévorantes et de profits cyniques à la limite de la décence. Je suis peut-être le seul à penser que j’aurai moi aussi un jour la chance de rencontrer celle qui sera faite pour moi et n’en aura que faire de mon handicap ou de la malveillance de certains regards, pourtant j’y crois plus que jamais, avec sérénité, enfin.  Elle aimera ce qu’elle verra sans peur de l’Ennemie cette amante indigne qui pourrit mon existence et m’empêche de voir ce que je vaux vraiment. Je ne sais pas ce qu’on ressent quand on est aimé de quelqu’un, j’ignore quelle synergie tacite peut lier deux êtres quand ils s’aiment et je n’ai jamais arpenté les sentiers insondables et sinueux de la vie e couple. Ce que je sais c’est que tout le monde a la possibilité au moins une fois dans sa vie de rencontrer l’amour de sa vie mais chacun peut  passer à côté sans même le savoir. Il s’agit juste de laisser la rencontre arriver comme un heureux hasard.

«Qu'est-ce qu'aimer? C'est avant tout ne pas se poser cette question..» Louis Gauthier

Par Homer Pumpkin - Publié dans : Later, Alice...
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